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Maladies porcines : comprendre le défi, renforcer la résilience

La production porcine est l’un des secteurs agricoles les plus importants au monde. Avec près de 1,2 milliard de porcs élevés dans le monde en 2024, la viande de porc représente environ un tiers de la viande consommée à l’échelle mondiale.  Ce secteur est essentiel à la sécurité alimentaire, aux économies rurales et au commerce international sur tous les continents. [1][2][3][4] Cependant, comme toute forme d’élevage, la production porcine est confrontée à des défis de santés croissants – des défis qui, bien compris et gérés, peuvent être relevés avec assurance. L’amélioration de la résilience des animaux aux maladies est l’élément central. Concrètement, renforcer cette résilience signifie de donner aux troupeaux les moyens de maintenir leurs performances sous la pression des pathogènes – quels qu’ils soient – ​​et/ou de se rétablir rapidement en cas d’infection. C’est le fondement d’un système de production porcine durable.

Cet article offre un aperçu honnête des principales maladies infectieuses qui affectent aujourd’hui la production porcine : ce qu’elles sont, combien elles coûtent et pourquoi – dans un environnement de production de plus en plus complexe où une nouvelle maladie importante apparaît environ tous les dix ans – investir dans une gestion proactive des maladies est une décision commerciale judicieuse.

Une industrie mondiale fondée sur l'expertise et la valeur

Pour comprendre l’importance de la résilience aux maladies, il est utile de saisir l’ampleur de l’industrie porcine. La production mondiale de porc devrait atteindre environ 117 millions de tonnes en 2026,[5] et la valeur marchande du secteur est estimée entre 250 et 300 milliards de dollars américains, les projections suggérant qu’elle dépassera les 400 milliards de dollars américains d’ici la fin de la décennie.[4] L’Asie est le premier producteur, représentant 57 % du cheptel mondial, la Chine à elle seule comptant environ 427 millions de porcs en 2025.[8]

Derrière ces chiffres, se cache une chaîne de valeur complexe – reliant entre eux, éleveurs, producteurs, transformateurs, distributeurs, détaillants et des milliards de consommateurs. Cette chaîne s’est construite grâce à des décennies d’investissement, d’expertise et de collaboration. Une gestion efficace de la santé animale fait partie intégrante de cette gestion performante.

Le portrait sanitaire actuel

Différents types de maladies affectent les exploitations porcines d’aujourd’hui. Les maladies de catégorie A – comme la Peste Porcine Africaine (PPA), sont très contagieuses et peuvent se propager rapidement d’une région à l’autre et au-delà des frontières. Elles sont relativement rares dans une exploitation donnée, mais lorsqu’elles surviennent, leurs conséquences sont graves : restrictions de transportation, fermetures de marchés et dans certains cas, l’abattage massif.

D’autres maladies d’élevage peuvent également impacter la production. Ces maladies reçoivent généralement moins d’attention que les épidémies spectaculaires dues aux maladies de catégorie A, mais leur impact cumulatif sur la rentabilité est considérable. Elles sont constamment présentes dans les troupeaux ou régions affectés, érodant insidieusement les performances par un retard de croissance et une diminution de l’efficacité alimentaire, une baisse de la fertilité ou une susceptibilité accrue aux infections secondaires.

Parmi les maladies qui affectent aujourd’hui la production porcine mondiale, les plus importantes sont les suivantes :

  • La Peste Porcine Africaine (PPA) est l’exemple le plus souvent évoqué. Avec des taux de mortalité avoisinant les 100 % et en l’absence mondial de vaccin disponible pour une utilisation commerciale à grande échelle, la PPA retient à juste titre l’attention des producteurs et des décideurs politiques. Sa propagation en Europe et en Asie au cours de la dernière décennie a démontré la rapidité avec laquelle elle peut franchir les frontières et perturber les échanges commerciaux. [17]
  • La Peste Porcine Classique (PPC) – également connue sous le nom de choléra porcin – partage certaines de ces caractéristiques, car elle est très transmissible, bien que des vaccins efficaces existent et qu’elle soit désormais contrôlée ou même éradiquée dans de nombreuses régions, grâce à des programmes nationaux coordonnés.
  • Le Syndrome Reproducteur et Respiratoire Porcin (SRRP) est la maladie endémique la plus importante sur le plan économique dans de nombreux pays producteurs de porcs. Le virus mute fréquemment, ce qui complique les stratégies vaccinales. [9][10]
  • La Diarrhée Épidémique Porcine (DEP) provoque une diarrhée sévère, une déshydratation et est particulièrement dangereuse chez les jeunes porcelets.
  • La Grippe Porcine, quant à elle, se propage rapidement dans les troupeaux et, bien que rarement mortelle en elle-même, elle affaiblit les animaux et crée des conditions propices aux infections secondaires plus graves et aux autres impacts sanitaires.

Il est important de garder les choses en perspective. Ces maladies posent de sérieux problèmes aux exploitations et aux régions touchées, mais l’impact est souvent inégal. Lors de l’épidémie de DEP aux États-Unis en 2013-2014, par exemple, les producteurs qui maintenaient des troupeaux sains se sont retrouvés sur un marché caractérisé par une offre réduite et des prix historiquement élevés. Une gestion efficace des maladies – qu’elle repose sur la biosécurité, la génétique ou d’autres pratiques – peut créer un véritable avantage concurrentiel, précisément parce que toutes les exploitations ne sont pas touchées de la même manière.

Ce que coûtent réellement les maladies

Le coût économique des maladies porcines

L’impact économique des maladies porcines est souvent résumé par des chiffres éloquents. Le SRRP à lui seul coûterait à l’industrie porcine américaine environ 1,2 milliard de dollars par année, un chiffre qui a augmenté d’environ 80 % au cours de la dernière décennie, parallèlement à l’évolution du virus et de ses conséquences. [11] La PPA en Chine entre 2018 et 2021 a entraîné des pertes économiques directes estimées à plus de 100 milliards de dollars américain et, à son apogée, a réduit du près de la moitié le cheptel national chinois. [17] L’épidémie de DEP aux États-Unis en 2013 aurait engendré des pertes annuelles estimées entre 900 millions et 1,8 milliard de dollars. [18]

Au niveau de la ferme, les chiffres relatifs au SRRP sont tout aussi instructifs. En Espagne, on estime que les épidémies de SRRP engendrent des pertes d’environ 200$ (USD) par truie, soit environ 20$ (USD) par porc en finition. [14] Au Canada, une modélisation suggère des pertes dues au SRRP d’environ 500$ (USD) par truie par année dans les fermes touchées, auxquelles s’ajoutent plusieurs dollars de coûts supplémentaires liés à l’alimentation et aux soins vétérinaires.[16] Des recherches mexicaines indiquent que le SRRP peut augmenter le coût par porcelet sevré d’environ 10 % et les coûts journaliers en finition d’environ 15 %. [13]

Ces pertes arrivent par de multiples voies :

  • Les coûts directs – ils comprennent la mortalité, l’abattage, l’élimination des carcasses, le renforcement de la biosécurité, les soins vétérinaires et la main-d’œuvre supplémentaire.
  • Les coûts indirects – souvent plus élevés finalement, ils comprennent une moins bonne conversion alimentaire, une augmentation du temps d’élevage, un ralentissement de la croissance, une baisse des performances de reproduction et une qualité de viande parfois altérée. Pour les exploitations qui dépendent des marchés d’exportation, les restrictions commerciales liées aux épidémies peuvent constituer un autre facteur de risque financier. [12][15]

Au-delà de l'économie : les dimensions environnementales et sociales

L’impact de la gestion des maladies va bien au-delà du bilan financier.

Perturbations sociales ainsi que des chaînes d’approvisionnement

  • Pour les travailleurs agricoles, les bris de santés apportent leur lot de pression particulières. La gestion des contraintes et de la logistiques liées à un bris sanitaire important, conjuguée à l’incertitude économique, crée un véritable stress psychologique, dans un secteur déjà confronté à des problèmes de main-d’œuvre.
  • À un niveau sociétal plus large, les perturbations liées aux maladies affectent la disponibilité et l’accessibilité des protéines, avec des conséquences plus importantes dans les pays à faible revenu où le porc constitue une source alimentaire et protéique essentielle et accessible. La confiance des consommateurs dans la sécurité alimentaire, bien que rarement affectée scientifiquement par les maladies porcines, peut être ébranlée par la couverture médiatique des épidémies – avec des effets qui persistent bien au-delà de l’épidémie elle-même.

Préoccupations environnementales

  • L’utilisation accrue de traitements antibiotiques peut contribuer à la résistance antimicrobienne et à la pollution environnementale. De plus, lorsque les animaux malades convertissent mal les aliments, le coût environnemental de chaque kilogramme de porc produit augmente en conséquence.

Pourquoi la gestion des maladies est plus importante que jamais

Un aspect du défi sanitaire qui mérite d’être examiné est l’émergence continue de nouveaux pathogènes et l’augmentation de l’incidence des maladies. Les données recueillies avant 2020 indiquaient qu’une nouvelle maladie ou une maladie ré-émergente apparaissait à l’échelle mondiale environ tous les huit mois, et que le taux global d’émergence s’accélérait depuis les années 1940. [19] Historiquement, l’élevage porcin a connu l’émergence d’une nouvelle maladie importante environ tous les 10 à 15 ans.

Plusieurs facteurs interdépendants expliquent cette tendance.

  • Densités animales plus élevées, bien qu’elle soit économiquement nécessaire en production moderne, elles créent des conditions dans lesquelles les agents pathogènes peuvent se propager plus rapidement.
  • Le commerce international et la circulation d’animaux vivants, d’aliments, et de personnes par-delà les frontières signifient qu’une maladie apparaissant dans une région peut en atteindre une autre en quelques jours.
  • La déforestation et la perte d’habitat rapprochent le bétail et les humains de la faune sauvage, augmentant ainsi la probabilité de transmission d’agents pathogènes dans différentes régions du monde, entre différents animaux et entre les animaux et les humains (zoonose).
  • Changement climatique : la hausse des températures et l’expansion des habitats des vecteurs comme les moustiques et les tiques augmentent la propagation des maladies vectorielles.
  • Pathogènes, tels que le SRRP, mutent continuellement, ce qui signifie que le vaccin ou la stratégie de contrôle d’hier peut ne pas être totalement efficace contre le variant de demain.

Comprendre ces facteurs n’est pas une cause d’alarme – c’est la fondation pour construire des systèmes de gestion suffisamment robustes pour faire face à un environnement de plus en plus complexe et à un avenir incertain.

Gérer la maladie, renforcer la résilience : la voie à suivre

L’industrie porcine déploie déjà un important arsenal de stratégies de gestion des maladies : la collaboration internationale, les mesures de biosécurité, la gestion des troupeaux, les programmes de vaccination et les traitements ciblés, entre autres, constituent depuis longtemps la colonne de la lutte contre les maladies et restent essentiels.

Face à un environnement de production de plus en plus complexe et à la pression croissante des maladies, alimentée par des facteurs interdépendants, leurs conséquences s’aggravent et la nécessité d’une évolution de cette boîte à outils se fait de plus en plus pressante, renforçant ainsi le besoin d’une approche collective, proactive et holistique, anticipant l’avenir.

Parmi les innovations qui renforcent cette panoplie d’outils, la génétique apparaît comme une couche particulièrement fondamentale, car la sélection génétique pourrait renforcer le porc lui-même, en développant une résilience intrinsèque aux maladies contre tout pathogène cumulatif, héréditaire et applicable à divers systèmes de production dans le monde entier.

En résumé, la voie à suivre est proactive, progressive et collaborative – ancrée dans des pratiques vétérinaires et une gestion de la santé établies, soutenue par un partenariat à l’échelle de l’industrie et renforcée par une amélioration génétique qui développe la résilience de l’intérieur.

Références

  1. USDA Data, 2024
  2. OECD Data . Meat consumption [Internet] Paris, France: OECD; c2023.
  3. AHDB. (2025). Long-term pork consumption trends to 2033.
  4. Research and Markets. (2023). Global Pork Market Size & Forecast 2023-2028.
  5. USDA Data
  6. FAO. (2024). Meat Market Review: Emerging trends and outlook.
  7. Grand View Research. (2024). Pork Meat Market Size, Share & Trends Analysis Report.
  8. Statista. (2024). Number of pigs worldwide by country.
  9. Holtkamp, D. J., et al. (2013). Economic impact of PRRS in the United States.
  10. Osemeke, O., et al. (2025). Economic impact of productivity losses attributable to porcine reproductive and respiratory syndrome virus.
  11. Holtkamp, D. (2024). Growing losses from PRRS cost pork producers $1.2 billion a year.
  12. Zhang, Z., et al. (2022). The economic impact of porcine reproductive and respiratory syndrome outbreak in four Chinese farms.
  13. Valdes-Donoso, P., et al. (2021). Productive performance and costs of swine farms with PRRS.
  14. Boeters, M., et al. (2023). Economic impact of endemic respiratory disease in pigs.
  15. PRRS Control Center. (2018–2024). PRRS economic impact resources.
  16. Alberta Pork. (2024). PRRS economic modeling.
  17. FAO/WOAH. (Various). ASF outbreak reports: China 2018–2021.
  18. Paarlberg, Philip, 2014. “Updated Estimated Economic Welfare Impacts Of Porcine Epidemic Diarrhea Virus (Pedv),” Working papers 174517, Purdue University, Department of Agricultural Economics.
  19. 19. Thierry Lefrançois, Thierry Pineau, Public health and livestock: Emerging diseases in food animals, Animal Frontiers, Volume 4, Issue 1, January 2014, Pages 4–6.

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